Inverser les logiques pour éviter les pénuries alimentaires qui s’annoncent: c’est urgent

Nous avons rencontré récemment un représentant de la Confédération Paysanne afin de discuter avec lui de notre projet de ceinture maraîchère. Cette rencontre nous a permis de conforter et d’affiner nos propositions pour une agriculture biologique urbaine et péri-urbaine indispensable à Limoges.

municipalesLe représentant de la Confédération Paysanne appelle le projet de ceinture maraîchère de ses vœux depuis des années, comme de nombreux autres acteurs du monde rural. S’il n’a jamais été mis en place, c’est à cause d’une absence de volonté politique.

« Limoges Terre de Gauche » a la volonté politique de porter un tel projet et s’y engagera pleinement lors de la prochaine mandature. C’est une urgence: nos villes doivent renouer avec la proximité entre production et consommation et retrouver une autonomie alimentaire. Tout le contraire du tout routier lié aux politiques libérales qui ont conduit à la concentration capitaliste de la grande distribution donnant la priorité à la recherche du profit au détriment de la sécurité alimentaire et donc de la santé publique.

Bien que Limoges soit une ville posée en pleine campagne, elle n’a pas échappé à ces choix politiques malheureux pour les limougeauds, mais aussi pour nos agriculteurs, comme nous le confirme le syndicaliste de la Confédération Paysanne.

  • Ainsi, la production de porcs à la ferme a disparu, celle des moutons n’est plus que l’ombre d’elle-même. Quant à nos vaches limousines, un symbole dans notre région, elles ne s’élèvent pas ici, comme ces broutards, nés en limousin et envoyés à l’engraissement en Italie.
  • Côté maraîchage, c’est un effondrement total en Haute-Vienne, à Limoges et son agglomération. Les anciens font le constat de la disparition des foires et marchés locaux, où les productions locales de fruits et légumes permettaient de manière concomitante de faire vivre les producteurs et de nourrir la population. La « Politique Agricole Commune » (PAC)  a mis en place, en pensant surtout au commerce international et donc à la finance, une agriculture intensive avec de multiples conséquences dommageables.

Sur le plan sanitaire elle conduit à « la vache folle » ou encore au virus « H1N1 », au holdup sur le vivant des OGM, à la contamination par les pesticides …

Sur le plan de l’emploi, c’est la chute libre avec la perte continue d’innombrables exploitations.

Quant aux terres, le recensement agricole 2010 est éloquent à ce sujet : la surface agricole utile sur la ville de Limoges (SAU) a reculé de 20% entre 2000 et 2010 (contre – 3,2% à l’échelle nationale)

On s’en est servi pour construire lotissement sur lotissement, dont les habitants sont totalement tributaires de l’automobile, ou bien des zones commerciales gigantesques comme Family village, la dernière en date, qui a stérilisé selon le représentant de la Confédération paysanne une des meilleures terres arables, et plane, du secteur. Et nous voyons bien que ce concept commercial absurde a contribué à vider le centre-ville où les commerces sont souvent dans les difficultés. Ce genre d’opération ne se fait qu’au bénéfice des promoteurs qui s’engraissent en détruisant des terres agricoles à l’abandon et en imposant, avec la complicité d’élus objectivement tenant des politiques libérales, d’une part des ghettos, où les chômeurs, les jeunes, les immigrés s’entassent, et d’autre part des lieux de consommations où sans voitures, on ne peut pas accéder. Voilà le terreaux de grandes désespérances.

« Limoges Terre de Gauche » veut mettre d’urgence un coup d‘arrêt à ce gâchis. Il faut en avoir la volonté politique et s’en donner les moyens.

Pas de ceinture maraîchère possible sans disposer de terres agricoles, nos terres vivrières ! La maîtrise du foncier est incontournable si, au-delà des affichages électoralistes, on veut réellement réaliser une ceinture maraîchère urbaine et périurbaine, massivement productrice de denrées agricoles pour des usages de proximité (et donc largement créatrice d’emplois locaux), apte notamment à fournir une alimentation à terme intégralement biologique pour les 5 000 repas quotidiens servis dans la restauration scolaire de la ville. Cette action ne peut s’inscrire que dans une perspective pluriannuelle de long terme, inscrivant la reconquête agricole dans tous les projets du territoire (de la ville et de l’agglomération).

Ceci rend impératives des révisions du PLU et du SCOT (Schéma de Cohérence Territorial de l’Agglomération de Limoges). Actuellement conçus pour la politique de métropolisation, ils font la part belle à l’arrivée de la LGV et à la poursuite de l’urbanisation et de la spécialisation du territoire.

Ainsi dans le PLU de Limoges on peut lire par exemple que le secteur Ouest de la ville (Landouge notamment) « disposant d’un potentiel foncier à urbaniser important, doit recevoir une extension urbaine raisonnée » (on a pu effectivement voir ce qu’il en a été du raisonnable en la matière !!!) Ou encore que le secteur Nord (Ester, futures ZA Grand Pièce,…) « est composé pour la majorité de sa surface d’espaces à vocation économique », le secteur Sud étant quant à lui « en phase d’achèvement d’ urbanisation » ! De même le SCOT stipule en son axe n°1 (« la dimension métropolitaine de l’agglomération de Limoges ») : « une grande partie du site de la Technopole reste encore à urbaniser. Cette réserve foncière doit être complétée afin de disposer d’une offre élargie… Le périmètre initial de la ZAC… doit pouvoir être étendu aux zones limitrophes »  (page 10)

Pour nous, il faut penser la ville autrement. Il s’agira en particulier de fixer des objectifs chiffrés de réduction de la consommation annuelle d’espace pour l’urbanisation de manière à limiter l’artificialisation des terres et garantir la protection de terres agricoles pérennes à plus de 20 ans. Il y aura un gros travail à faire en direction des propriétaires pour les inciter à orienter les terres vers le développement de l’agriculture. La modification du PLU et du SCOT, en garantissant à long terme la vocation agricole des terres, constituera un point d’appui crucial pour casser les anticipations spéculatives par exemple sur des projets immobiliers ou d’installation massive de panneaux solaires au sol,…

Deuxième mesure à prendre : lister les besoins.

La confédération paysanne propose à cette fin l’instauration d’un office régional de l’alimentation regroupant tous les acteurs: producteurs, intermédiaires, consommateurs, pour toutes les productions: viande, lait, œufs, légumes… L’échelle régionale est indispensable pour avoir l’éventail complet des productions. On décline ensuite les besoins par territoires et pôles urbains. Tous ces besoins doivent remonter, chaque année et être inscrits dans un « registre virtuel » afin d’ajuster production et besoins.

Pour inciter les producteurs locaux à s’inscrire dans la démarche, les collectivités ont la possibilité de leur garantir des débouchés: elles doivent notamment leur assurer durablement, par contrats, les commandes destinées aux cantines scolaires ou aux maisons de retraites. La ville peut veiller aussi aux activités en aval de la production brute: frigos, conserveries, afin de prendre en compte le problème des fluctuations saisonnières d’activités.

Ex : les écoles sont fermées en été, moment du pic de production des maraîchers : il faut donc prévoir la conservation de leurs produits.

Il y a de l’emploi à créer: ainsi, on pourrait organiser une activité de transformation autour de l’abattoir de Limoges au lieu de laisser partir ailleurs la viande, toujours dans l’idée favoriser les circuits de proximité. Pour assurer le bon fonctionnement d’un retour à l’autonomie alimentaire régionale, il faut donc PLANIFIER ! Ce n’est pas un gros mot, c’est une nécessité.

Il faudra que les productions agricoles soient orientées vers le maraîchage bio et la production alimentaire bio pour des usages de proximité, et non par vers le maïs (production aberrante dans notre région), les productions végétales pour la méthanisation, ou encore les agrocarburants, autant de filières concurrentielles qui mettent en danger la sécurité alimentaire en détournant les terres de l’agriculture et de l’intérêt général, pour des questions de rentabilité financière immédiate !

La destruction de nos campagnes est allée trop loin. Nos élus actuels ne prennent pas la mesure des enjeux pourtant connus: la fin du pétrole bon marché, le réchauffement climatique qui découle d’un usage outrancier de la route, la terre forcée et polluée pour y produire ce qu’elle ne peut produire naturellement, la surproduction animale imposée au détriment d’une filière d’élevage complète, suffisamment rémunératrice pour permettre de réduire les volumes : tout est à revoir, toutes les logiques sont à inverser, y compris nos propres habitudes alimentaires, car nous mangeons trop de viande et sommes donc, en tant que consommateurs, un élément de la chaîne qui mène au réchauffement climatique.

L’ensemble du programme de « Limoges Terre de Gauche » veut répondre à cette problématique qui lie le maraîchage, les circuits courts et de proximité, le mieux vivre dans des éco-quartiers, l’emploi, au niveaux de notre commune, de notre agglomération, mais également au niveau de notre département et de notre région, compte tenu du rôle et du poids de LIMOGES comme capitale régionale.

De même s’opposer à l’acte 3 de la décentralisation, que le gouvernement s’apprête à mettre en place avec l’appui de ses députés, dont le député maire de Limoges, c’est s’opposer à l’hyper métropolisation de notre ville qui créerait un désert de misère dans le reste de notre département, c’est abandonner définitivement le barreau LGV et exiger les moyens humains et matériels pour que la ligne POLLT réponde aux besoins des usagers du limousin.

La démocratie participative, qui est un point essentiel de notre projet, au travers de multiples débats avec les populations concernées, permettra de prendre les bonnes décisions concernant les terrains de la ZAC Nord, de la Technopole, des terrains de Landouge, etc… la liste n’étant pas exhaustive.

Nous définirons les besoins (écoles, collèges, lycées, hôpitaux, maisons de retraites, etc…) pour planifier et garantir les débouchés agricoles des « terres vivrières » limougeaudes. De même la municipalité fournira des cadres adaptés et variés à l’installation des activités maraîchères (cf le programme). La reconquête d’une agriculture péri-urbaine pour répondre aux besoins de la population dans son ensemble, correspond bien à un projet de progrès qui répond aux enjeux de notre époque et s’oppose fermement aux concepts libéraux qui conduisent notre société au chaos écologique et à l’injustice sociale.

C’est la raison d’être de l’engagement de la liste Limoges Terre de Gauche.

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