CM du 29 novembre 2018 – Sur le transfert de compétences vers la C.U.

Intervention de Gilbert Bernard

Nous ferons entendre ici une voix discordante puisque nous ne sommes pas pour notre part favorable au passage en CU. Nous l’avons déjà maintes fois dit puisque ce débat est récurent dans cette assemblée depuis maintenant près de 3 ans. Trois ans où vous avez organisé une pseudo résistance qui s’apparentait en fait à un jeu de dupes pour une partie de votre majorité, je pense ici à monsieur Coineau et à d’autres qui en off disent tout le mal qu’ils pensent de ce passage en CU. Trois ans où vous avez prétexté être maltraité par l’agglo -et ce n’était pas toujours sans fondement- pour repousser une décision que in fine aboutit à une forme de capitulation.

Limoges va payer un lourd tribut dans cette guéguerre avec l’agglo. L’armistice conclue entre votre majorité et celle de l’agglo conduit en effet à nous délester d’un nouveau paquet de compétences au profit de la future CU. Qu’on en juge : parcs et aires de stationnement, abattoir municipal, contribution à la transition énergétique, réseaux de chaleur, eau, programme local de l’habitat, je ne parle même pas de l’extension des cimetières ou de la création de futurs crématoriums. Ces nouveaux transferts viennent s’ajouter à ceux déjà actés comme le tourisme, le PLU ou le logement social. N’en jetez plus le coupe est pleine ! Que va-il nous rester ? Rien ou pas grand chose.

Disons les choses clairement : la mise en place de la communauté urbaine c’est une nouvelle étape dans la mort programmée de notre commune. Or l’échelon communal nous y tenons parce que sa dilution dans un espace géographique et institutionnel plus vaste va à l’encontre des aspirations des citoyens. On nous reproche souvent, nous les élus, d’être déconnectés des préoccupations des habitants, d’avoir perdu le contact avec les réalités qui sont les leurs. Le mouvement des gilets jaunes l’exprime d’ailleurs bien à sa manière. Pourtant, alors que tout le monde s’accorde à dire qu’il faut renouer avec la démocratie de proximité, trouver les outils pour dialoguer et associer les citoyens aux décisions, que fait-on dans le même temps, on met en place une architecture institutionnelle qui éloigne encore plus l’élu du citoyen. Et c’est ce qui va se passer avec la CU. Toutes les enquêtes d’opinion montrent que le maire et les élus municipaux sont les premiers vers qui on se retourne en cas de problème. Ce lien très fort c’est le sel de la démocratie locale et on est en train -vous êtes en train- de le casser.

Avez-vous la mémoire courte ? Ne vous êtes-vous pas élevés contre la mise en place des grandes régions ? N’avez-vous pas protesté les uns et les autres -bien mollement- contre la disparition du Limousin et la perte du statut de capitale régionale pour Limoges?. Ne mesurez-vous pas, les uns et les autres dans cette salle, et particulièrement vous mesdames et messieurs les conseillers régionaux combien la centralité du pouvoir est préjudiciable au bon fonctionnement de cette collectivité, combien elle a renforcé son accaparement par un petit cercle ?

Ces risques là nous allons y être confrontés directement avec la communauté urbaine et nous le déplorons.

Au delà de cette enjeu touchant à la démocratie locale, nous sommes par ailleurs dubitatif sur l’affirmation selon laquelle Limoges serait mieux armée pour sortir du marasme. En quoi le passage en CU est-t-il de nature à inverser la donne, à créer les conditions d’un nouvel essor pour notre ville ? En juin dernier j’avais montré que contrairement à ce qui est présenté comme une vérité allant de soi, le passage de l’agglo en CU ne garantit aucunement le retour à la prospérité. Je citais notamment la zone d’activités de la Grande Pièce en ZIN : les 40 hectares viabilisés par l’agglo depuis 5 ans restent désespérément vides il y a toujours plus de ronds-points que d’entreprises ; l’agglo de Rouen créée en 2010 connaît un recul de l’emploi depuis cette date ). L’idée que plus on serait « gros » plus on serait puissant et attractif est une idée reçue qui n’est pas toujours vérifiée.

Cerise sur le gâteau, pour mieux faire passer la pilule on nous avait promis 3 millions supplémentaires dans la corbeille de mariage. Macron étant passé par là on on n’est plus sûr du tout de percevoir cette dotation complémentaire. C’était pourtant l’argument essentiel que vous aviez mis en avant pour justifier le passage en CU. Aujourd’hui il risque tomber.

Autant de raisons qui nous amènent aujourd’hui à voter contre cette délibération.

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