CM du 27 juin 2018 – Pacte de gouvernance

Sur le passage en CU

 

Intervention de Gilbert Bernard

Désolé de casser un peu l’euphorie ambiante mais nous ne partageons pas l’enthousiasme qui semble prévaloir aujourd’hui sur ce dossier.

Je voudrai tout d’abord dire notre mécontentement d’être mis devant le fait accompli puisque les fiançailles -avant le mariage officiel en janvier- entre la ville et l’agglo ont été annoncées en grande pompe vendredi alors que notre conseil municipal n’avait pas encore délibéré.

Sur le fond maintenant. Je rappellerai ici que le passage en communauté urbaine c’est d’abord la perte de nouvelles compétences pour notre commune. Ces 2 dernières années nous avons transféré à l’agglo « Limoges Habitat », le tourisme, les transports, ça va être le tour de l’abattoir, des réseaux de chaleur, de l’eau et de l’assainissement et même des cimetières. A terme que nous restera-t-il à gérer à part l’état civil et les écoles ? Certes vous avez fait inscrire « un droit de réserve communal» qui permettra à une commune de contester un projet communautaire inscrit sur son territoire mais il n’est que partiel puisque c’est le conseil communautaire qui in fine aura le dernier mot. Passer à la CU éloignera un peu plus le citoyen des centres de décisions alors que toutes les études et enquêtes montrent que la commune, son maire et l’équipe municipale restent l’échelon préféré des français, celui qui permet le mieux au citoyen de peser sur les décisions municipales. La mise en place des grandes régions aurait dû pourtant vous interpeller tant on mesure chaque jour comment elle a renforcé la centralité du pouvoir, pour ne pas dire son accaparement par un petit cercle.

Mais de tout ça vous faîtes fi. Au bout de deux ans d’atermoiements, de disputes, de bouderies, de polémiques vous nous proposez un « pacte de gouvernance » et un partage de la carotte financière obtenue grâce au passage en CU. Que contient le pacte de gouvernance ? Au-delà de formules convenues la seule information vraiment nouvelle est qu’il y aura deux vice-présidents et un secrétaire de plus à la future CU. Comme vous n’avez pas pu obtenir la première vice-présidence il fallait bien un lot de consolation, alors on crée ces nouveaux postes qui seront attribués à votre majorité. Qui serviront à quoi d’ailleurs ? On ne sait pas mais peu importe il fallait bien arriver à se partager le gâteau ! La belle affaire ! Est-ce là ce qui préoccupe les citoyens de notre ville ? Est-ce cela qui va permettre à Limoges de sortir du marasme dans laquelle elle s’enfonce après la perte de son statut de capitale régionale ? Rien n’est moins sûr…

Car le véritable enjeu, au-delà de ces querelles de pouvoir, est bien de savoir si le passage en CU est de nature à inverser la donne, à créer les conditions d’un nouvel essor pour notre ville. C’est ce débat là que nous aurions aimé avoir ce soir et qui aurait permis d’éclairer notre décision.

Il nous aurait permis de constater par exemple que contrairement à ce qui est présenté comme une vérité allant de soi, le passage de l’agglo en CU ne garantit aucunement le retour à la prospérité, à un nouvel « âge d’or ». S’il ne fallait prendre qu’un exemple inutile d’aller bien loin. Allez faire un tour à la zone d’activités de la Grande Pièce en ZIN : les 40 hectares viabilisés par l’agglo depuis 5 ans restent désespérément vides il y a toujours plus de ronds-points que d’entreprises ! Je sais bien qu’on n’attire pas ces dernières d’un coup de baguette magique mais la situation devrait quand même nous interroger… Et nous ne sommes pas seuls à connaître ce genre de situation : allez par exemple voir les chiffres de l’emploi sur Rouen et vous constaterez qu’il y a eu des pertes sèches d’emplois depuis la création de l’agglo en 2010.

L’idée que plus on serait « gros » plus on serait puissant et attractif est une idée reçue qui n’est pas toujours vérifiée. Si l’implantation des entreprises reste un enjeu majeur pour un territoire ce n’est pas la taille de la ville ni son mode de gouvernance (agglo, CU…) qui est primordial mais son attractivité. Une attractivité qui passe bien sûr par la qualité des infrastructures mais aussi et de plus en plus par une offre urbaine ciblée en fonction des salariés travaillant pour ces entreprises. Le logement, la qualité des équipements, l’offre culturelle ou de loisirs, l’environnement, bref ce que l’on nomme l’attractivité résidentielle est plus importante que le mode de gouvernance pour attirer entreprises et salariés. Et qui dit attractivité résidentielle dit programme, projet.

Mais sur ce point central rien ! Cet enjeu est évacué en deux lignes lorsque vous évoquez la nécessité « d’un projet de territoire construit, explicité, et assumé ». Mais on n’en saura pas plus, ce projet étant renvoyé aux calendes grecques. Vous, un homme de la campagne, vous faîtes passer la charrue avant les bœufs …

Et là je rejoins monsieur Coineau. Oh, pas le collègue de ce soir qui reste bien silencieux mais celui de la commission des finances qui n’a pas eu de mots assez durs envers la position de la majorité et annoncé qu’il voterait contre la délibération. Il a entre-temps été « recadré » et a changé d’avis mais je suppose que les pressions en tous genres n’ont pas manqué …

Alors oui je vous pose à nouveau la question : quel est votre projet pour la future CU ? Quelles priorités proposez-vous de dégager ? Quels investissements préconisez-vous en matière de transports, d’équipements sportifs, culturels, d’infrastructures ? C’est sur ces problématiques que nous aurions aimé débattre ce soir et non sur un pacte de gouvernance qui ne marque en définitive qu’une trève entre les belligérants avant la bataille décisive des municipales de 2020.

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