CM du 27 juin 2018 – Festival de musiques actuelles

Sur le projet de Festival de musiques actuelles

Intervention de Frédéric Chalangeas

L’ organisation d’un festival de Musiques actuelles est une thématique qui a été portée par nos camarades et ami.e.s, Aurélie Laurière et Daniel Clerembaux pour le groupe « Limoges 100% à Gauche » lors de la mandature précédente, et elle faisait également partie de notre programme lors de la campagne des Municipales en 2014.

Depuis, différentes tentatives ont été faites pour avoir un festival réellement intéressant à Limoges, mais elles n’ont pas tenu dans la durée.

On nous présente maintenant cette délibération avec un projet portée par la société « Festival Production », organisatrice du Brive Festival. Comme on nous le rappelle, cette société a été créée par deux groupes, Centre France Communication et Vivendi Village.

Vivendi Village… Quel beau nom… On voudrait presque y aller en vacances… Non, je plaisante…

Lorsqu’on y regarde de plus près on s’aperçoit que Vivendi Village et par voie de conséquence Festival Production s’intéresse beaucoup aux chiffres. Budget global, coût par festivalier, et parfois, au détour d’une page web, on nous parle des « tendances musicales », de celles qui vont remplir ou non les poches de l’organisateur, pardon, de celles qui vont être appréciées du public.

Évaluer l’intérêt d’un festival d’abord aux nombres de personnes qui y assisteront ou en fonction des groupes qui s’y produiront amène invariablement à une « standardisation des produits », à une uniformisation des choix, qui va à l’encontre même de l’idée de culture.

La différence probable entre Brive Festival et un possible Limoges Festival ? Pas forcément les têtes d’affiche, mais plus vraisemblablement les groupes locaux qui auront été autorisés à se produire… Faudra-t-il qu’ils soient potentiellement rentables pour le faire ? C’est à se demander…

Avons-nous la garantie que Festival Production emploiera des intermittent.e.s locaux ? Ce qui semble se passer à Brive ne l’augure pas…

Quant on nous parle dans la délibération des « effets induits non négligeables au plan économique », on en reste en réalité à une logique étroitement mercantile qui fait de la culture un marché comme un autre, et cela ne nous convient pas.

« Séduire un large public et en premier lieu […] les familles avec enfants » ? Il faudra alors réfléchir à la nécessité de faire payer 15 euros l’entrée du festival aux enfants de 2 à 10 ans comme c’est le cas à Brive… Oups, je me suis trompé ! 15 euros, c’était au mois de décembre ! Dorénavant s’applique pour les enfants de 2 à 10 ans le tarif réduit, qui avoisine les 40 euros par jour… Et puis il faudra réfléchir aussi aux réductions… Est-ce qu’on aura une réduction en tant que Limougeaud, que Bellachon, que Saint-Juniaud ? Aura-t-on un tarif commercial, un tarif municipal ?

Bref, ce qui sera le plus palpitant pour un festival de musique sera de savoir comment se procurer des tarifs réduits pour des concerts dont finalement, on ne se préoccupera presque plus… Et puis si ça se trouve, ce sera peut-être plus avantageux d’aller voir les mêmes artistes à Brive…

Pour en finir avec les questions d’argent, puisque c’est ce qui semble être le plus étudié dans cette délibération, dépenser 300 000 euros en « achats de prestations de services », au bénéficie d’un grand groupe privé nous semble bien révélateur. L’achat de billets à hauteur de 50 000 euros ne servirait-il pas de garantie à France Production au cas où le public ne serait pas présent ? « L’achat d’espaces et de visibilité sur l’événement » correspond-il, bêtement, à de la pub ? Et de la pub pour quoi ? Pour les produits vendus par les amis de Vivendi ? Quand il s’agit de mettre le contribuable au service de l’enrichissement privé, oubliée l’obsession pour la baisse de la dépense publique, ce serait même plutôt « open bar » !

Pour un festival de ce type, d’autres logiques que des logiques marchandes pourraient être mises en œuvre, comme par exemple, celles évoquées avec la SMAC dans cette même enceinte il y a quelques mois. Où en est d’ailleurs ce travail de réflexion collective sur la question des musiques actuelles ? Pourquoi des associations locales, passionnées et passionnantes, ne pourraient-elles pas être à la base de ce festival ? Est-ce qu’une construction commune entre des gens qui s’intéressent à la musique ne permettraient pas d’avoir ce festival varié, attractif et à même de séduire tous les publics que l’on veut confier à un groupe privé ? Pourquoi, au final, une telle initiative devrait venir de Vivendi et pas de la Municipalité et du riche tissu associatif de la ville ?

Alors qu’à Brive, on est passé d’un festival vivant, riche en découvertes et pour de nombreuses animations, gratuit, à un « marché de tendances », à Limoges, on innove, on commence directement par un produit de consommation…

Après l’arrêt de nombreux festivals d’été sur Limoges, il est indispensable de réfléchir à une nouvelle offre musicale pour toutes et tous, mais pas à n’importe quelles conditions. La délibération qui nous est proposée nous lie à des prestataires de services, et ce n’est pas de cette façon que notre groupe envisage la culture.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.