CM du 22 octobre 2019 – Débat d’Orientation Budgétaire

Intervention de Gilbert Bernard

Avant d’en venir au DOB je voudrais m arrêter ici sur un chiffre qui en dis beaucoup je crois sur le fonctionnement de notre société . Dans une étude publiée en milieu de semaine dernière l’INSEE fait état pour 2018 d’une hausse de la pauvreté en France. Le taux de pauvreté aurait augmenté de 0,6 point l’an dernier portant à 9,3 millions le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, soit 14,7% de la population français. Cette évolution s’est accompagnée d’un accroissement des inégalités, l’écart entre les 20% des plus aisés et les 20% les plus modestes ayant augmenté de 0,1 point entre 2017 et 2018.

Ces chiffres doivent interpeller les élus que nous sommes. Ils mettent d’abord à mal l’idée que vous développez souvent monsieur le maire, qui est celle du ruissellement de la richesse : plus les riches seraient riches moins les pauvres seraient pauvres. Et bien ce n’est pas ce que l’on constate, ce que l’INSEE constate. Vous argumenterez aussi sans doute en disant que ce n’est pas aux collectivités d’apporter des solutions à ces fléaux que sont la pauvreté et la précarité. Je vous renvoies à ce qu’ ont dit un certain nombre d’analystes quelques temps après la crise de 2008 : si la France avait un mieux résisté que bien d’autres pays européens (comme le Portugal, la Grèce, l’Espagne, l’Italie .. ) c ‘est parce qu’elle avait deux atouts : d’une part les services publics et d’autre part des collectivités locales qui prenaient bien souvent le relais d’un Etat défaillant pour venir en aide aux plus démunis.

Et bien oui même si l’intervention d’une commune, d’une CU trouve ses limites dans le périmètre des compétences qui leurs sont dévolues, elles peuvent malgré tout mettre en œuvre des politiques publiques qui viendront atténuer la souffrance des plus démunis. Encore faut-il en avoir la volonté politique.

Se manifeste-elle dans le DOB que vous nous présentez ? Permettez nous d’en douter….

On pourra vous reprocher beaucoup de choses,et la période qui s’ouvre en fournira l’occasion, on ne peut vous reprocher par contre de manquer de constance dans vos idées. Peut être vous rappelez vous cet pub télé il y a quelques années où on voyait « monsieur plus » qui poussait ses commis du coude pour qu’ils rajoutent des d’ingrédients dans la recette, et bien vous monsieur le maire vous êtes le « monsieur moins ». Toujours moins pour le fonctionnement et maintenant moins pour l’investissement !

S’il y a 3 chiffres à retenir de ce projet de budget ce sont bien ceux-ci : le fonctionnement baissera de 4,9 % , l’épargne nette de 3,8 % et l’ investissement de 18,7 %.

Bien sûr un certain nombre d’arguments que vous avancez sont recevables. En matière de fonctionnement il y a ainsi l’incertitude autour des recettes fiscales avec l’allègement de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers, l’actualisation forfaitaires des bases d’imposition ou encore la baisse des dépenses de gestion due au transfert de charges à la CU. Globalement, vous persistez cependant dans votre choix de respecter le pacte financier signé avec l’Etat puisque au total et à périmètre constant les dépenses de fonctionnement baisseront en 2020 de 0,2 % (hors inflation je le précise à chaque fois car cela a son importance). Nous verrons lors de la présentation du budget en décembre comment cette baisse se traduira concrètement mais nous pouvons dores et déjà penser que les services offerts à la population en souffriront à nouveau et ce pour la quatrième année consécutive.

Cette baisse de fonctionnement vous nous l’avez toujours justifié par la nécessité de dégager de l’épargne afin de financer les investissements. Or que constatons nous avec ce projet de budget ? Et bien que l’investissement est en recul de près de 19 % ! Une baisse spectaculaire puisque les dépenses d’équipement passeraient de 42 millions cette année à 35 millions l’an prochain. Comprenne qui pourra. Certes vous annoncez qu’un certain nombre de projets arrivent à leur terme et que les besoins de financement sont moindres. On peut l’entendre mais alors pourquoi de pas lancer la réalisation d’autres équipements ? Vous avez mis en place ce que dans le jargon administratif on appelle les AP (autorisations de programmes), en clair une liste de futures opérations programmées sur plusieurs années. La liste figure dans le document qui nous a été fourni et elle comporte pas moins de 60 propositions. Nous n’avons pas d’information précises aujourd’hui mais nul doute que nombre d’entres-elles ne recevront aucun financement l’an prochain. La revalorisation du quartier du Vigenal, la transition énergétique et écologique, les établissements gérontologiques … pour ne citer que quelques unes de ces AP ne sont elles pas des urgences ? Alors pourquoi ne pas lancer ces réalisations ? Pourquoi baisser le niveau de l’investissement ? Pourquoi ne pas jouer sur l’emprunt alors que les taux sont bas et que la dette par habitant est inférieure à la moyenne des villes de la même strate ? Mais peut être ne faut-il ne voir dans cette liste d’AP qu’ un effet d’annonce à la veille de la prochaine échéance municipale ? Et poser la question c’est d’ailleurs y répondre …

Vous l’aurez compris nous sommes loin de partager ces orientations budgétaires. Votre gestion qui s apprente à celle d’un « bon père de famille » ne correspond pas aux besoins de la ville et de ses habitants. Elle n’apporte surtout aucun élément de réponse aux défis majeurs auxquels nous sommes confrontés. J’en citerai ici trois :

  • le premier a trait à la paupérisation croissante d’une partie de la population. J’ai abordé ce thème en début d’intervention et il mériterait à lui seul un Conseil municipal.
  • le second porte sur la nécessité d’engager engager notre ville dans la transition écologique. C’est là un défi majeur qui implique de revoir complètement l’urbanisme et notre manière d’aborder le développement de la ville et ce dans tous les domaines (transport, habitat, économie, vivre ensemble …)
  • le troisième découle de la perte de statut de capitale régionale. Limoges en est sortie affaiblie et bien du mal aujourd’hui à trouver sa place dans cette grande région. Le sentiment général est que les élus ont baissé les bras et se contentent aujourd’hui de ce statut de second rang.

Ces 3 défis imposent d’autres choix de gestion. Je ne sais qui sera là en mars prochain mais ce sont à ces défis que la nouvelle équipe municipale sera confrontée. Aux citoyennes et citoyens de Limoges d’en être conscients …

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