CM du 12 février 2019 – Rapport régional de la Cour des Comptes

Intervention de Danielle Soury

Les comptes de la Cour sont pour le moins orientés !

Dans son rapport 2019, publié la semaine dernière, la Cour des Comptes, toute à sa quête obsessionnelle de baisse de la dépense publique, n’a rien trouvé de plus urgent que de demander au gouvernement de couper les financements aux trains Intercités… Mieux vaut bien sûr des voitures que des trains ! Il est tellement plus urgent de réduire la dette de l’État que la dette climatique ! Et pourtant. « Il nous reste deux ans pour tout changer » déclarait en septembre dernier, à peu près en ces termes, Antonio Gutteres, le Secrétaire général des Nations unies. Quelques semaines après, le rapport du GIEC, fondé sur 6 000 articles scientifiques, était sans appel: si nous ne changeons pas totalement nos politiques afin notamment de diminuer les rejets de CO2 dans l’atmosphère, le pire est désormais certain. Mais tout cela ne compte pas pour la Cour des Comptes. On peut donc expertiser l’action publique sans aucune considération du réel… Sous couvert de technicité, la Cour des comptes formule bien souvent des recommandations éminemment engagées, qui procèdent moins d’une analyse objective et raisonnée que d’une vision politique, idéologique même.

La Cour régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine n’y échappe pas ! Avant même de distribuer au trébuchet bien pesé, de bons et mauvais points renvoyant dos à dos la nouvelle équipe et l’ ancienne, elle a pris soin, dès le début de son rapport, d’évoquer « le défi de la baisse de la démographie scolaire » (page 9). Et de pointer de 1988 à 2002, la baisse de 2 925 élèves en 14 ans, « soit l’équivalent de 10 écoles de 10 classes… alors que le nombre de sites scolaires est resté stable hormis la fermeture de 3 écoles de 1991 à 2010 ». Et elle salue la fermeture de 3 écoles supplémentaires par la nouvelle municipalité. Mais cela ne lui suffit pas; elle invite à « opérer le suivi annuel d’un indicateur par école des charges de fonctionnement rapportées à l’effectif scolaire ainsi que la présentation de préconisations en découlant pour les réduire ».(page 10) Dit clairement, c’est un appel à couper encore largement dans les dépenses voire à de nouvelles fermetures afin d’augmenter sensiblement la taille des écoles.

Et sur quels arguments fonde-t-elle une telle préconisation ? Depuis 2002, la baisse des effectifs est non seulement enrayée mais on enregistre plutôt une tendance à la hausse. En outre, aucune distinction n’est opérée entre effectifs des écoles maternelles et ceux des écoles élémentaires. Or les maternelles sont actuellement très chargées. Et il n’est guère besoin de boule de cristal pour prévoir que les élèves de maternelle monteront sous peu en élémentaire. Il est également affirmé que  « les écoles à faibles effectifs sont souvent contraintes pour leur organisation pédagogique de fonctionner en classes à plusieurs niveaux, situation généralement peu appréciée des parents » Faux. Cela dépend d’abord du projet pédagogique des équipes; et certaines grandes écoles font elles aussi le choix du multi-niveaux. Nos promoteurs des grosses structures scolaires ont-ils seulement eu connaissance des fâcheuses expériences des années 1970, celles dites des « écoles caserne » qui ayant perdu taille humaine ont du fort heureusement été abandonnées ?

La municipalité a répondu à la Cour que « les motifs de fermeture d’école ne peuvent dépendre uniquement d’une analyse basée sur des coûts: les déplacements des élèves, les lieux de restauration, la sécurité, les projets d’urbanisme liés aux reconfigurations de quartiers sont des éléments à prendre en compte ». Fort bien… Dans une ville, nous l’avons déjà dit ici, on doit bien sûr repenser régulièrement l’entretien et l’emplacement des écoles, en fonction selon nous non seulement des flux démographiques mais aussi du bien-être des enfants. Ce dont personne pas plus la Cour des comptes que l’exécutif municipal n’a parlé dans ce rapport. Mais est-ce si étrange ?

« Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément » disait Einstein. On ne saurait dire mieux… Il disait aussi il est vrai qu’« il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé ». On pourrait ajouter aujourd’hui: un préjugé néo-libéral…

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.