CM du 11 avril 2019 – Sur le PRU

Intervention de Gilbert Bernard

Cette délibération est une déclinaison de la délibération qui nous avait été soumise au cm de septembre 2016 portant sur le nouveau programme de renouvellement urbain.Nous nous étions abstenus et nous en ferons de même aujourd’hui. Pourquoi ?

Nous ne contestons pas la nécessité de rénover l’habitat et d’améliorer les conditions de vie dans les quartiers les plus en difficultés mais nous restons dubitatifs sur la manière de s’y prendre. En 2016 Frédéric Chalangeas avait pointé un « goût d’inachevé et de manque » du document et Danielle Soury avait critiqué une démarche qui conduisait en définitive à déplacer les populations et les problèmes.

Je ne peux que réitérer ces propos car le nœud du problème est bien là : on va détruire, reconstruire et rénover l’habitat dans ces quartiers mais au profit de qui : de la population actuelle ou d’une nouvelle population plus aisée, plus intégrée socialement et économiquement ?

En commission notre collègue madame Kerbrat a pointé le risque de gentrification de ces quartiers et elle a raison. La gentrification vous le savez c’est ce phénomène urbain par lequel des personnes plus aisées s’approprient un espace initialement occupé par des habitants moins favorisés, transformant ainsi le profil économique et social du quartier au profit souvent exclusif d’une couche sociale supérieure. Et c’est malheureusement ce que l’on constate trop souvent lors des lourdes restructurations des quartiers : la population initiale est relogée ailleurs, souvent en périphérie où se constituent de nouveaux ghettos et ne réintègre que rarement son quartier d’origine car les loyers ont augmentés et sont hors de portée.

Comment répondre à cette problématique ? Poser la question c’est renvoyer en fait à la problématique de la mixité sociale dans les quartiers.

La mixité sociale c’est quoi ? C’est faire en sorte que des personnes d’origines différentes, des individus de tous âges, avec ou sans handicap, des familles issues de milieux sociaux ou de cultures différentes, puissent cohabiter dans un même espace. Le PRU devrait en la matière jouer un rôle moteur en fabriquant cette mixité, en créant les conditions du vivre ensemble.

Il n’y a pas bien sûr de solution miracle ni de recette toute faîte pour favoriser la mixité sociale. Les pistes de réflexion sont pourtant nombreuses.

– il faut par exemple renforcer la mixité entre les différentes fonctions au sein des quartiers (logement, services, activités économiques, loisirs, écoles et établissements d’enseignement, centres sociaux, MJC, marchés, commerces, équipements culturels, médiathèques, lieux de pratiques sportives ou de loisirs, centres de soins, espaces verts. A cet égard la fermeture prématurée de la crèche aux Portes ferrées est un bien mauvais signal…

– il faudrait aussi s’attacher à produire une offre de logements qui soit adaptés à différents types de publics afin de favoriser la mixité intergénérationnelle : étudiants, personnes âgées, familles nombreuses …

– favoriser la mixité dans l’espace public et notamment à l’école, reconnaissant ainsi la diversité de la société. Une réflexion autour du retour à la carte scolaire est à cet égard souhaitable…

– Créer des postes de médiateurs » faisant vivre la mixité (animateurs, coordinateurs, éducateurs, gardiens d’immeuble, etc.)

– ’accès à un réseau de transports de qualité est aussi un élément important …

Fabriquer de la mixité sociale nécessite d’articuler beaucoup plus fortement les différentes politiques publiques : celles du logement, du transport, de l’éducation et du développement économique. Et puis il faut bien garder à l’esprit que la recherche de la mixité ne doit pas occulter d’autres combats, Car mélanger les classes moyennes et les pauvres ne va pas régler automatiquement les problèmes de ceux qui n’ont pas de moyens suffisants, ne disposent pas d’emplois ou de logements convenables, sont en décrochage social, éducatif ou culturel ou sont victimes de discriminations.

Ce nouveau PRU aurait mérité d’être beaucoup plus offensif sur cette problématique. Ce n’est pas cas et c’est ce qui motive notre abstention.

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