CM du 11 avril 2019 – CIAP

Intervention de Danielle Soury

Le projet d’équipement du CIAP que vous nous présentez aujourd’hui comporte quand on y regarde de près beaucoup d’incertitudes et de zones d’ombre sur des questions pourtant essentielles. Sur le principe, bien sûr que la création d’un CIAP à Limoges, Ville d’Art et d’Histoire s’impose et pas seulement pour garder un label ! Nous avons effectivement tous les atouts, tous les arguments justifiant de porter un vrai et beau projet scientifique, pédagogique et culturel… Hélas ce n’est pas ce qui nous est proposé.

Vous portez avec la Halle de la République un projet dont les fins sont d’abord mercantiles; et votre CIAP sera abrité dans cette Halle. Il est ainsi indiqué que « les prestations de clos couvert des vestiges et du bâtiment neuf font l’objet d’un autre programme, plus global, d’aménagement et de construction » (page 50). Et il est aussitôt ajouté: « il conviendra de bien préciser les limites des prestations entre les entités ». Il pourrait donc bien n’être pas si simple d’articuler les deux programmes. Pour que le CIAP existe un jour et vive, il faudra donc que la Halle République elle même non seulement voit le jour mais aussi soit viable dans la durée ! Ce qui est loin d’être garanti. A ce sujet, on ne sait toujours pas où vous en êtes dans la recherche d’un concessionnaire chargé de construire le bâtiment, d’en exploiter toutes les surfaces commerciales inutiles que vous voulez y implanter et d’en assurer le financement.

Pas plus de précision non plus sur les fouilles préventives qui devront nécessairement avoir lieu préalablement à toute autre action, suite à la prescription faite par l’État au terme du diagnostic réalisé en 2017. A quel moment ces fouilles s’intègreront-elles dans la programmation des travaux ? On ne le sait pas. Les résultats de ces futures opérations de fouille seront-ils pris en compte ou pas par le CIAP ? On ne le sait pas non plus. Le projet que vous nous soumettez ne semble guère s’en préoccuper…

Pourtant, des réponses apportées à ces questions dépendra très largement la réalité de ce qu’il adviendra effectivement… ou pas du projet que vous nous soumettez ce soir. Ce ne serait pas la première fois, hélas, que les contribuables limougeauds auraient été largement mis à contribution pour un grand projet dont le montage s’avèrerait plus qu’aléatoire !

En ce qui concerne le projet d’aménagement lui-même, s’il semble avoir été élaboré sérieusement il faut le reconnaître, il soulève aussi quelques interrogations. Par exemple, qui seront les membres du comité scientifique ? Si l’établissement vient à ouvrir réellement, par qui seront conduites les visites  ? Le Kiosque culturel deviendra-t-il un nouvel Office du tourisme ou les 2 équipements seront-ils maintenus ? etc…

Ces questions en appellent une plus générale sur la grande inconnue du projet: quel en sera le coût de fonctionnement ? Nulle part cette question n’est abordée ! Quelles sont vos prévisions en la matière ? Des objectifs ont-ils été fixés ? Rien n’apparaît à ce sujet. Autre question d’ailleurs très liée. Quel est le bilan carbone de tout cela ? Avez-vous au moins essayé de l’évaluer ?

Vous nous présentez un projet pour un équipement amené d’après vous à exister sur une très longue période et qui prévoit d’appliquer la réglementation thermique aujourd’hui en vigueur, la réglementation dite RT 2012. Mais à l’horizon 2020 c’est à dire d’ici quelques mois, une nouvelle réglementation se profile, la RT 2020, à énergie positive et réduction carbone. N’aurait-il pas été particulièrement pertinent d’anticiper ces évolutions en se situant d’ores et déjà dans le cadre de la RT 2020 ?

Ici encore, l’urgence climatique impose de passer aux actes, vraiment ! Ce qui n’a rien de contradictoire, bien au contraire, avec le fait de marcher pour le climat !

Faute de réponses convaincantes à toutes ces questions nous voterons contre cette délibération.

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